Le pancréas, ce héros méconnu de notre système digestif

Niché au cœur de notre abdomen, le pancréas est un organe discret mais ô combien essentiel. Véritable chef d’orchestre de notre digestion, il régule notre taux de sucre et sécrète des enzymes indispensables pour décomposer les aliments. Mais que se passe-t-il quand ce précieux allié tombe malade ? Zoom sur la pancréatite chronique, une affection sournoise qui peut sérieusement compromettre notre qualité de vie.

La pancréatite chronique, quand les douleurs s’installent

Contrairement à la pancréatite aiguë qui se manifeste par une inflammation soudaine et intense, la pancréatite chronique est une maladie qui s’installe dans la durée. Les cellules pancréatiques s’abîment progressivement, entraînant une perte de fonction de l’organe. Les douleurs abdominales sont souvent le premier signe d’alerte. Sourdes et récurrentes, elles peuvent irradier dans le dos et être soulagées quand on se penche en avant.

Mais la douleur n’est que la partie émergée de l’iceberg. Car en coulisses, le pancréas défaillant peine à assurer son rôle. Les enzymes digestives ne sont plus sécrétées en quantité suffisante, ce qui perturbe la digestion et l’absorption des aliments, en particulier des graisses. Résultat : des selles grasses et huileuses (stéatorrhée), des ballonnements, des gaz et une perte de poids inquiétante… La dénutrition guette.

Le diabète, un compagnon indésirable

Mais les ennuis ne s’arrêtent pas là. Quand les cellules pancréatiques spécialisées dans la production d’insuline sont touchées, c’est un autre danger qui pointe le bout de son nez : le diabète. L’incapacité à réguler le taux de sucre dans le sang vient alors compliquer un tableau clinique déjà bien chargé. Un vrai coup dur pour des patients souvent épuisés par des mois ou des années de douleurs et de troubles digestifs.

Face à cette maladie complexe, la prise en charge se doit d’être globale et personnalisée. Si certains médicaments peuvent soulager la douleur et des injections d’insuline contrôler le diabète, c’est surtout sur le plan nutritionnel que va se jouer une grande partie de la bataille. Car bien s’alimenter quand son pancréas fait des siennes n’a rien d’un long fleuve tranquille !

L’enjeu crucial d’une nutrition adaptée

Trop souvent négligé, l’aspect nutritionnel est pourtant un pilier du traitement de la pancréatite chronique. L’objectif : éviter la spirale infernale de la dénutrition en comblant les déficits tout en ménageant un pancréas aux abois. Un vrai numéro d’équilibriste qui nécessite un suivi rapproché avec un médecin et une nutritionniste.

La clé, c’est de miser sur des aliments riches en calories et en nutriments tout en fractionnant les repas. Six à huit prises alimentaires par jour, c’est le rythme à adopter pour répartir l’effort de digestion. Côté menu, place aux féculents (pain, pâtes, riz, pommes de terre), aux viandes et poissons maigres, aux produits laitiers et aux matières grasses de bonne qualité. Mais gare aux écarts : l’alcool et les sucres rapides sont à proscrire absolument !

Une aide précieuse venue d’ailleurs

Parfois, malgré tous les efforts, le pancréas peine à suivre la cadence. C’est là que les compléments nutritionnels oraux (CNO) et les extraits pancréatiques font leur entrée en scène. Les CNO, véritables concentrés d’énergie, permettent de booster les apports sans trop solliciter le système digestif. Quant aux extraits pancréatiques, ils pallient les déficiences en enzymes digestives avec une redoutable efficacité.

Parmi ces enzymes de substitution, on trouve notamment la lipase qui facilite la digestion des graisses. Avalés pendant les repas, ces comprimés sont une véritable bénédiction pour des intestins privés de leurs précieux alliés. De quoi réduire les ballonnements, la stéatorrhée et les douleurs. Votre médecin ajustera la posologie de façon personnalisée en fonction de votre poids et de la sévérité de vos symptômes.

Des déficits à combler

Mais il n’y a pas que les enzymes qui viennent à manquer dans la pancréatite chronique. Certains micronutriments essentiels comme les vitamines liposolubles (A, D, E, K), le zinc, le sélénium ou encore l’acide folique peuvent aussi faire défaut. Pour éviter les carences, une supplémentation ciblée pourra vous être proposée. N’hésitez pas à en discuter avec votre médecin ou votre nutritionniste.

Dans les cas les plus sévères, quand l’état nutritionnel est très dégradé, une nutrition artificielle par sonde peut même être envisagée. L’alimentation entérale permet d’infuser directement dans l’estomac ou l’intestin un mélange hypercalorique et hyperprotidique, sans solliciter le pancréas. Une solution efficace pour remonter la pente et reprendre du poids, en attendant des jours meilleurs.

Vivre avec une pancréatite chronique au quotidien

Malgré toutes ces aides, vivre avec une pancréatite chronique reste un défi de tous les instants. Les douleurs, la fatigue, les contraintes alimentaires… autant de fardeaux qui pèsent lourd sur le moral et les activités du quotidien. Sans parler de la peur de l’hypoglycémie qui hante les nuits des patients diabétiques. Alors à tous ceux qui se sentent parfois découragés, incompris ou isolés, un seul message : vous n’êtes pas seuls !

N’hésitez pas à en parler à vos proches, à partager vos doutes et vos difficultés avec d’autres patients, à solliciter l’aide d’un psychologue si le besoin s’en fait sentir. Car la pancréatite chronique n’est pas une maladie comme les autres. C’est un combat au long cours qui demande du courage, de la persévérance et un sacré mental. Mais c’est un combat qui vaut la peine d’être mené, pour préserver sa santé et sa qualité de vie.

Alors si vous êtes concerné, ne baissez pas les bras. Entourez-vous des meilleurs alliés – médecins, nutritionnistes, proches bienveillants – et avancez pas après pas sur le chemin de l’équilibre retrouvé. Votre pancréas vous en sera reconnaissant !

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